

La Cour constitutionnelle de Corée du Sud destitue le président Yoon
La Cour constitutionnelle de Corée du Sud a confirmé vendredi à l'unanimité la motion de destitution votée en décembre par les députés contre le président Yoon Suk Yeol, le démettant ainsi définitivement de ses fonctions, quatre mois après sa tentative désastreuse d'imposer la loi martiale.
Cette décision signifie le départ immédiat du pouvoir de M. Yoon, qui n'était jusqu'à présent que suspendu, et entraînera une présidentielle anticipée sous 60 jours. Le chef de l'opposition Lee Jae-myung en est le grand favori.
Dans un arrêt accablant lu en 23 minutes par son président Moon Hyung-bae, la Cour a estimé que les actions de M. Yoon avaient "violé les principes fondamentaux de l'Etat de droit et de la gouvernance démocratique".
M. Yoon "ne s'est pas contenté de déclarer la loi martiale, mais a commis des actes qui ont violé la Constitution et la loi, notamment en mobilisant les forces militaires et policières pour empêcher l'Assemblée nationale d'exercer son autorité", a-t-il poursuivi.
"En définitive, les actes inconstitutionnels et illégaux du défendeur trahissent la confiance du peuple et constituent une violation grave de la loi qui ne peut être tolérée du point de vue de la protection de la Constitution", a ajouté la Cour.
"Nous prononçons la décision suivante, avec l'accord unanime de tous les juges: (nous) destituons le président Yoon Suk Yeol", a-t-il dit, confirmant la motion de destitution votée par l'Assemblée nationale le 14 décembre.
Le parti de M. Yoon a aussitôt fait savoir qu'il "accepte solennellement" la décision de la Cour.
Le verdict de la Cour était très attendu dans un pays encore sidéré par le coup de force raté de M. Yoon en décembre et échauffé par des mois de tensions et de rebondissements.
Elu avec la plus faible avance de l'histoire du pays en 2022, l'ancien procureur vedette de 64 ans a dévalé la pente de l'impopularité, allant jusqu'à activer brièvement dans la nuit du 3 au 4 décembre la loi martiale, état d'exception inutilisé en Corée du Sud depuis la dictature militaire des années 1980.
- "Eléments hostiles" -
Yoon Suk Yeol a toujours défendu cette mesure, soutenant qu'elle était nécessaire pour repousser "les forces communistes nord-coréennes" et "éliminer les éléments hostiles à l'Etat".
Dans un parlement cerné par des soldats, certains déployés en hélicoptère, un nombre suffisant d'élus était toutefois parvenu à se réunir pour voter à l'unanimité un texte exigeant la fin de la loi martiale, abolie par le président six heures après son instauration.
Yoon Suk Yeol est devenu en janvier le premier président sud-coréen titulaire à se voir arrêté et placé en détention.
En février s'est ouvert son procès au pénal pour insurrection -- un crime passible de la peine de mort --, autre situation inédite pour un chef de l'Etat sud-coréen en cours de mandat. M. Yoon a cependant été libéré le 8 mars pour vice de procédure.
Des dizaines -- parfois des centaines -- de milliers de personnes manifestent tous les week-ends à Séoul, pour ou contre lui.
Quantité de partisans avaient campé dans le froid glacial pendant des semaines devant son domicile pour empêcher son arrestation.
Le 19 janvier, des soutiens radicaux avaient même pris d'assaut le tribunal qui venait de prononcer la prolongation de sa détention. Un fait sans précédent en Corée du Sud, qui a marqué une nette escalade dans cette crise.
- Alerte maximale -
Les huit juges de la Cour bénéficient d'une protection policière renforcée.
Vendredi, la police, placée en état d'alerte maximale, a hermétiquement bouclé le quartier du palais de justice à l'aide d'un barrage d'autobus, et a déployé des équipes des forces spéciales. Des postes médicaux avancés ont été installés dans les environs pour faire face aux éventuelles urgences.
Des foules de manifestants pro et anti-Yoon ont campé près de la Cour et de la résidence du dirigeant suspendu pendant la nuit, ont constaté des journalistes de l'AFP. Des manifestants anti-Yoon ont également afflué dans la matinée dans le centre de Séoul.
Plusieurs ambassades, dont celles des Etats-Unis, de France, de Russie et de Chine, ont recommandé à leurs ressortissants d'éviter les rassemblements de masse.
En 2017, quatre personnes étaient mortes dans les heurts qui avaient suivi la destitution de l'ancienne cheffe de l'Etat Park Geun-hye.
Possible signe que le cas Yoon fut le plus complexe, la Cour aura mis 111 jours depuis sa saisine avant de rendre son arrêt, soit le délai le plus long pour ce type de cas.
E.Persson--RTC